About Feminism.

Ces dernières semaines ont été difficiles pour les femmes du numérique:

Quelques unes d’entre nous - Sara, Ellen, Sabrina, Kat, Joanne, Angelina, Jessica, Jennifer, Divya - ont pris le temps de réfléchir à ce que ça impliquait pour nous.

Ce n’est pas ce à quoi nous nous attendions, nous voulons juste travailler sur ce que nous aimons.

Nous sommes simplement des humains qui aiment la technologie et l’accueillons avec joie. Mais il a toujours été clair que les choses seraient différentes si nous étions des hommes.

Certaines d’entre nous se disaient féministes avant d’entrer dans ce secteur. D’autres n’ont commencé à saisir la pertinence du féminisme qu’en essayant de comprendre ce qui nous arrivait. Certaines d’entre nous pensaient ne pas avoir besoin d’évènements et programmes spécifiquement destinés aux femmes — jusqu’à ce que la triste réalité ne les rattrape. Nous pensions que ces évènements faisaient plus de tort que de bien en centrant la question sur notre genre, et nous nous demandions ce dont les autres se plaignaient. C’était difficile à discerner jusqu’à ce que nous en souffrions aussi.

D’autres encore parlent avec enthousiasme d’idéaux et d’actions féministes mais craignent de s’identifier comme “féministes” par peur de l’ostracisme de leurs pairs, tant au travail que dans leurs vies sociales.

Le féminisme n’est pas un gros mot. Le féminisme, c’est cette notion radicale selon laquelle les femmes sont des humains à part entière, et par là méritent d’être traitées en égales. Ne laissons personne prétendre qu’il en est autrement.

La dernière chose que nous voudrions serait que les lecteurs de ce texte se retrouvent sur la défensive. Ce que nous voulons le plus est de faire comprendre à quoi ressemble une mort par mille petites coupures, et de faire entrevoir pourquoi nous sommes tristes et en colère contre l’industrie du numérique. Nous voulons que vous compreniez qu’il reste beaucoup à faire.

Nos expériences? Elles sont ces histoires que vous entendez.

Mais peut-être pensiez-vous que comme nous ne faisions pas de bruit, ce genre de chose ne nous arrivait pas.

Nous avons été harcelées sur des listes de discussion et traitées de “pute” ou de “salope” sans qu’aucune réaction ne soit adressée à nos agresseurs.

Nous devons répondre à des questions sur notre situation sentimentale lors d’entretiens d’embauche, et nous avons toutes été pelotées lors d’évènements publics. Nous avons connu la situation inconfortable de voir des hommes transformer des réunions de travail en rendez-vous “galants”.

Nous avons vu que de simples attentes cachent des problèmes plus profonds. Nous avons vu nos collègues femmes ou nos alliés masculins être licenciés ou poussés vers la sortie, dans des sociétés où il y en avait déjà peu.

Il nous est constamment demandé si nous “écrivons parfois du code” quand nous parlons ou présentons des sujets techniques, et ce bien que nous venions de conclure une présentation sur l’art du code. Nous avons été harcelées à ces conférences, en personne comme en ligne, sur notre genre, notre apparence, notre expérience technique.

On nous demande souvent si nous sommes organisatrice de l’évènement ou bien assistante.

Nous avons reçu des mails dérangeants, à la limite de la violence, où des hommes décrivent quelle parfaite épouse nous serions et comment précisément nous attendre à être par eux subjuguées. Parfois il y a ces emails coléreux qui menacent de nous faire quitter le numérique car “il n’y a pas besoin de plus de salopes pour gâcher le secteur.”

Nous avons vu des entreprises annoncer que la diversité était un sujet de la plus haute importance et nous inviter à les conseiller. Après que nous ayons donné beaucoup de notre temps, elles ne changent rien, ne font rien, et portent la conversation qu’elles ont eue avec nous comme un badge de réussite: “Nous avons essayé!”

Nous sommes devenues cyniques à force de voir des entreprises déployer des projets sur l’égalité des femmes dans le numérique sans rien comprendre de la réalité sous-jacente. Nous subissons un écart de revenus stupéfiant dans notre domaine, l’attribution des torts est d’autant plus difficile que beaucoup d’entre nous sont freelance. On nous a répété inlassablement que notre réussite était le fruit de notre genre et de notre rôle comme “femme de service”.

Pourquoi nous écrivons ce texte:

Nous adorons travailler dans le numérique.

Nous adorons collaborer avec celles et ceux qui partagent notre vision des choses.

Nous ne pouvons abandonner. Nous ne pouvons quitter le secteur.

Nous préférerions écrire sur les bonnes pratiques de développement, de design, de management technique plutôt que ce que nous écrivons ici.

Nous n’en pouvons plus de prétendre qu’il n’y a aucun problème et de continuer à vivre les mêmes expériences encore et encore. Nous ne pouvons plus garder la tête basse et espérer que si nous œuvrons durement à la tâche, peut-être par chance nos problèmes disparaîtront-ils.

OK! Je sais que la situation est mauvaise, mais je n’ai rien fait de mal.

Nous sommes fatiguées de nos pairs masculins qui prétendent que parce qu’ils ne participent pas eux-mêmes aux mauvais comportements, il ne leur appartient pas de les éliminer. Si vous voyez quelqu’un mal agir et que vous ne faites rien, vous avez choisi de laisser cette personne penser que ce qu’elle a fait est acceptable. Ce qui nous donne l’impression de lutter seules. Nous ne pouvons travailler sur ce que nous ne pouvons voir, mais si vous êtes témoins d’un problème, vous pouvez aider à l’empêcher, à le résoudre. Il est absolument impératif que les hommes travaillent avec d’autres hommes pour combattre les attitudes néfastes et les comportements négatifs.

Vous seriez surpris du peu de gens prêts à aider sur ce sujet.

Imaginez que vous soyez la seule personne comme vous dans votre équipe et que quand vous laissez votre ordinateur quelques instants vous revenez pour y retrouver du porno particulièrement graveleux sur votre écran (un exemple spécifique que nous connaissons trop bien). Sachant que vous en plaindre vous isolerait plus encore de votre équipe que vous ne l’êtes déjà; sachant que ça vous priverait de l’encadrement de vos collègues expérimentés qui sont impliqués dans ces “blagues”, oseriez-vous exprimer ce que vous ressentez?

Nous nous sentons dénuées de pouvoir car nous n’avons aucun recours quand ces choses nous arrivent. Les dynamiques du pouvoir au travail sont bel et bien réelles, et nous le savons tous.

Voici ce qui arrive à celles et ceux qui sont troublés et parlent.

Notre domaine est rempli de gens intelligents. Nous savons que vous savez comment trouver les réponses aux questions que vous avez, comment remettre en cause une opinion, une action que vous réprouvez. Prenez donc cette passion que vous déployez à résoudre des problèmes techniques et appliquez-la à des problèmes sociétaux.

Nous ne sommes pas les “gentilles féministes” de cette communauté.

Être gentille ne marche pas. Nous avons été gentilles. Certaines de celles qui écrivent ces lignes ont été citées en exemple par des hommes du secteur pour montrer que la gentillesse marche et discréditer des voix féministes plus justement fermes et franches. Nous n’aimons pas ça, nous ne l’avons jamais aimé, et il est temps que ça cesse.

Être gentille et parler poliment d’injustice ne contraint pas le groupe au pouvoir à faire quoi que ce soit qui les en déloge.

Nous signalerons l’injustice là où nous la verrons. Nous élèverons la voix quand nous recevrons des emails abusifs d’hommes proéminents dans le numérique qui se livrent à des “blagues” sexistes prétendument innocentes (qui ont l’air sincère quand ils parlent par ailleurs d’aider la cause des femmes dans le numérique). Nous nous manifesterons quand des participants de forums ou sur GitHub font des remarques qui nous empêchent de continuer la conversation tout simplement parce que nous sommes des femmes.

Bien que nous n’employons pas toutes la rhétorique qui est souvent décriée comme “trop colérique” dans notre communauté, nous n’en sommes pas moins en colère. Notre communauté a des membres qui disent des vérités difficiles à entendre, et ils doivent être écoutés — de tous, vous compris. Il reste beaucoup de travail à faire.

Serons-nous fâchées contre vous si vous essayez et vous trompez?

C’est une peur qui nous a été relayée. Les hommes savent qu’il y a un problème, et craignent que les femmes qu’ils connaissent ne soient sur la défensive — particulièrement en lisant un manifeste comme celui-ci.

Ils veulent aider mais ont peur que s’ils n’ont pas tout juste du premier coup, quelqu’un les châtiera jusqu’aux oubliettes.

Les signataires de ce document sont patientes quand elles voient quelqu’un essayant de changer les choses. Nous fournirons des critiques constructives mais nous ne voudrions jamais que quiconque se sente mal d’avoir apporté sa pierre sans tout réussir du premier coup. Si vous écoutez et agissez en fonction des suggestions que font les femmes autour de vous pour améliorer la situation, il sera difficile de trouver quelqu’un pour se fâcher contre vous. Si vous créez de toutes pièces votre propre interprétation de ce qui va mal et que vous n’êtes pas une femme dans le domaine des technologies, vous avez bien plus de risques de vous tromper.

Promouvez partout la diversité: et pas que pour les femmes.

Encourager la diversité au travail n’est pas une simple concession à une quelconque moralité bien-pensante. C’est une façon de créer un meilleur environnement de travail. Le temps passant, les avantages d’une équipe plus diverse deviennent de plus en plus évidents. Nous voulons donner la parole à des organisations qui amènent le changement aujourd’hui plutôt que d’attendre qu’il vienne de lui-même demain.

Kat organise des lightning talks informels avec des oratrices, à San Francisco et New York.

Julie Ann Horvath a lancé les Passions Projects, une série de présentations plus longues avec à chaque fois une femme du numérique.

Allison House, Laura Brunow Miner, Alice Lee, Carrie Paton, et The Designer Fund organisent “Origins” — une série d’évènements sur les femmes dans le design.

Jen Myers héberge un bureau virtuel où elle reçoit des femmes voulant se préparer à intervenir en public.

Square a récemment organisé College Code Camp, un séminaire de quatre jours pour les étudiantes en technologie dans une université américaine ou canadienne. Encouragez celles que vous connaissez à participer!

Allison House et Brian Bailey ont tous deux écrit sur des designers de talents souvent ignorés, issus de minorités.

Model View Culture est un magazine géré par des femmes qui met en avant la voix de groupes sous-représentés dans le numérique.

TheLi.st et Change the Ratio cherchent à accroître la visibilité et l’accès des femmes et des groupes sous-représentés dans le numérique.

Hackbright, Girls Who Code, Girl Develop It , et Black Girls Code sont toutes des organisations dédiées à l’éducation et la préparation de femmes, jeunes ou issues de minorités, en vue de métiers du numérique. Coder Dojo est un club de programmation, gratuit et accessible, pour enfants qui fait tourner 412 initiatives sur un budget annuel de $2000.

Faites don de votre temps et devenez bénévole auprès d’une de ces organisations — ou d’une autre plus proche de vous. Si vous n’avez pas le temps, donnez votre argent, et si vous n’avez pas d’argent donnez votre influence en promouvant ces projets et leurs élèves.

Nous voulons que vous sachiez à quel point il est cool de se battre pour plus de diversité en général. Nous voulons que vous sachiez qu’il existe des gens formidables menant des actions courageuses qui aboutissent à des résultats frappants. Si vous avez vous-même été témoin des changements que ce genre d’initiative peut produire, parlez-nous-en! Nous voulons en savoir plus et connaître d’autres actions dans ce domaine.

Bien que cette lettre s’adresse spécifiquement aux problèmes des femmes dans le numérique, la création d’une réelle diversité passe par d’autres aspects du genre, par d’autres aspects de nos identités. Nos efforts doivent cibler, et inclure, tout ce qui touche à la race, aux classes sociales, à la sexualité, aux identités de genre, à leurs expressions, et aux intersections de tout ce qui précède. Nous sommes là pour tous.

Aux autres de notre communauté:

Nous vous encourageons à nous parler. Nous sommes toutes là pour vous aider si vous vous sentez retenus par votre identité plutôt que jugés sur ce que vous faites. Bien que nous vous encouragions à faire porter votre propre voix, si vous avez besoin de quelqu’un avec qui discuter de l’art et de la manière de ce faire, nous vous aiderons. Si vous ne voulez pas vous exprimer publiquement mais que vous cherchez quelqu’un à qui parler nous ne vous jugerons pas et nous sommes aussi là pour ça.

Si vous avez l’impression d’être une exception et que vous ne comprenez pas ces problèmes, ça n’implique pas que ceux-ci n’existent pas. Personne ne devrait avoir à endurer ces situations. Si vous ne vous sentez pas directement concerné, vous pouvez employer votre énergie à aider celles et ceux qui le sont.

Partager ces histoires nous a aidé à voir que nous n’étions pas seules et que nos expériences sont réelles. Il est parfaitement raisonnable de demander le droit à un environnement de travail sûr et respectueux. Ensemble, nous sommes déjà un réseau.

Nous sommes les figures de proue de votre communauté, nous sommes les participantes à vos projets open source, nous sommes vos oratrices, et nous servons de modèles pour beaucoup.

Désormais, nous parlons.